Formulaire Candidature

 

Candidature pour l’inscription sur la Liste de sauvegarde urgente en 2009
(référence n° 00314) 

A. ÉTAT(S) PARTIE(S) : Lettonie

B. NOM DE L’ELEMENT : L’espace culturel des Suiti

C. Les Suiti sont une petite communauté catholique établie dans la partie ouest de la Lettonie à dominante protestante (luthérienne). Au fil du temps, les différences religieuses ont suscité un sentiment d’identité très fort qui a contribué à la création et à la préservation d’un patrimoine culturel unique. Ce patrimoine est aujourd’hui un mélange d’éléments culturels, dont certains remontent à l’ère préchrétienne, et de traditions religieuses mêlées aux modes de vie modernes. L’espace culturel actuel des Suiti couvre 400 km². Il est peuplé d’environ 2 000 personnes d’origine Suiti, contre 10 000 au début du XXe siècle.

D. BREVE DESCRIPTION TEXTUELLE DE L’ELEMENT PROPOSE : 

L’espace culturel des Suiti s’est constitué historiquement en tant que phénomène culturel complexe qui se caractérise par la diversité de son contenu et de ses manifestations. Aujourd’hui, la communauté Suiti reconnaît dans les éléments de ce patrimoine une part importante de son identité et de son mode de vie. La synthèse de traditions préchrétiennes et de rituels religieux a donné naissance à un métissage unique de patrimoine culturel immatériel au sein de la communauté. 

Plusieurs caractéristiques distinctes permettent de décrire l’espace culturel des Suiti, notamment les chants avec bourdon exécutés par les femmes, les traditions liées au mariage, les costumes traditionnels très colorés, la langue Suiti, la cuisine locale, les traditions religieuses, les célébrations du cycle annuel, un nombre remarquable de chants, danses et mélodies traditionnels dont la communauté a gardé la mémoire. Les anciennes structures familiales élargies restent très courantes, de même que différentes coutumes, traditions et règles non écrites.
Le chant avec bourdon exécuté par les femmes Suiti remonterait à l’époque préchrétienne. En raison de leur origine ancienne, les rituels de mariage des Suiti sont très différents de ce qui est aujourd’hui considéré comme le mariage traditionnel letton. Le port du costume traditionnel fait progressivement un retour en force. Les Suiti apprécient leur différence et l’importance d’être les gardiens d’un patrimoine unique, hérité des générations antérieures qu’ils se font un devoir de transmettre aux générations futures. 

E. BREVE DESCRIPTION DE LA VIABILITE DE L’ELEMENT, DE LA NECESSITE DE LE SAUVEGARDER ET DES MESURES DE SAUVEGARDE PROPOSEES : 

La principale condition préalable à la sauvegarde de l’espace culturel des Suiti est la communauté proprement dite. L’existence de familles anciennes et de praticiens locaux des anciens rituels et traditions, le soutien de l’État et des municipalités, ainsi que l’amélioration générale des conditions de vie pour réduire l’émigration de la jeune génération sont des aspects majeurs. Seuls les jeunes peuvent continuer à faire vivre les valeurs uniques du patrimoine immatériel des Suiti. 

L’espace culturel des Suiti s’est épanoui avant la Seconde Guerre mondiale dans sa diversité spécifique. La situation a changé à la suite de l’occupation soviétique de 1940. Les déportations, la guerre, l’émigration, de nouvelles déportations, la collectivisation, la nationalisation des terres et des biens – tous ces facteurs ont eu une influence négative sur la communauté. De nombreuses fermes vieilles de plusieurs siècles – berceaux de la culture des Suiti – ont été détruites, des biens ont été saisis et leurs propriétaires déportés. Le rôle et l’autorité de l’Église ont été volontairement sapés. À cause de leur mode de vie différent des régions environnantes, les Suiti ont été souvent qualifiés d’incultes, d’arriérés et de sous-développés. Dans les années 1950, quelques enthousiastes ont commencé à essayer de préserver le patrimoine culturel immatériel des Suiti au sein de groupes folkloriques. Mais ces efforts étaient d’envergure limitée. Le nombre de personnes qui connaissaient les coutumes et traditions des Suiti et qui les pratiquaient activement au quotidien a considérablement diminué pendant la période soviétique (1940-1991). 

Tenant compte du fait que seules quelques personnes – toutes âgées de plus de 60 ans – ont une bonne connaissance des éléments du patrimoine culturel immatériel des Suiti, les mesures de sauvegarde visent à procéder d’urgence à un collectage et à la transmission de ces connaissances à la jeune génération. Mais ces efforts ne porteront jamais de fruits si tous les jeunes Suiti continuent de quitter leur région à cause de conditions d’emploi et de vie peu favorables. C’est pourquoi des mesures de sauvegarde sont également proposées pour améliorer la situation économique de la communauté. 

1. IDENTIFICATION DE L’ELEMENT

1.a. NOM DE L’ELEMENT : L’espace culturel des Suiti

1.b. AUTRE(S) NOM(S) DE L’ELEMENT, LE CAS ECHEANT : Suitu zeme (la terre Suiti)

1.c. IDENTIFICATION DE LA OU DES COMMUNAUTE (S), DU(DES) GROUPE(S) OU, LE CAS ECHEANT, DE L’(DES)INDIVIDU(S) CONCERNE (S) ET DE LEUR LOCALISATION : 

Les Suiti sont un petit groupe ethnoconfessionnel (catholique) de Lettons dans une région (l’ouest de la Lettonie) à prédominance protestante. Du fait des différences religieuses qui ont prévalu ici pendant plus de 375 ans, la communauté Suiti a créé, accumulé et préservé en grande partie un patrimoine culturel immatériel unique. Certains éléments de ce patrimoine datent d’avant l’arrivée du christianisme dans la région et portent l’empreinte non seulement des premiers Curoniens (Lettons de l’ouest), mais aussi des Lives, un peuple finno-ougrien presque disparu, ainsi que des communautés polonaises et allemandes jadis prospères dans cette région. 

Aujourd’hui encore, les limites du pays d’origine des Suiti correspondent presque aux limites de la propriété de la famille von Schwerin au XVIIe siècle. C’est à cette époque que le propriétaire décida de se convertir au catholicisme et avec lui tous ses paysans. Et c’est la foi catholique qui a, au fil du temps, créé cet environnement conservateur au sein duquel un patrimoine culturel immatériel unique a survécu jusqu’à nos jours comme un musée vivant. 

Cette région a toujours été une zone rurale riche en forêts, parsemée de fermes isolées. Au début du XXe siècle, la communauté Suiti comptait pas moins de 10 000 personnes ; il n’en reste que 2 000 environ aujourd’hui. La principale raison de ce déclin est l’émigration économique, principalement des jeunes, vers les villes et parfois à l’étranger. Aujourd’hui, beaucoup de personnes d’origine Suiti vivent dans les villes voisines telles que Ventspils, Liepāja, Kuldīga, et de plus en plus dans la capitale Riga où elles perdent progressivement leur identité culturelle unique. 

L’isolement relatif et le combat permanent contre l’environnement rude, ainsi que les pressions de l’assimilation, sont souvent mentionnés comme expliquant en grande partie les traits que l’on prête généralement aux Suiti, à savoir : l’individualisme, l’entêtement, un franc parler et parfois un sens de l’humour un peu rude. Beaucoup de fermes anciennes ont plusieurs siècles d’existence ; elles représentent de véritables berceaux et forteresses du patrimoine culturel des Suiti. Il est très fréquent, dans cette région, que les fermes aient appartenu à la même famille pendant des générations. 

Les Suiti ont réussi à préserver leur identité au fil des siècles. Cette petite communauté est étroitement liée par des liens familiaux. Quand les Suiti commencent à parler de leurs ancêtres, on peut être pratiquement sûr qu’ils se trouveront des parents communs. Aujourd’hui encore, on peut sentir une distinction culturelle en fonction des orientations confessionnelles dans la population locale du territoire d’origine des Suiti. C’est sans doute la raison pour laquelle cette petite communauté n’a pas encore été assimilée et a si longtemps préservé un patrimoine unique qui peut apporter une contribution notable au patrimoine immatériel non seulement de la Lettonie et de l’Europe, mais aussi du monde entier. 

1.d. SITUATION GEOGRAPHIQUE ET ETENDUE DE L’ELEMENT : 

L’espace culturel des Suiti occupe une superficie de 400 km² dans la partie ouest de la Lettonie. D’un côté il borde la mer Baltique et sur trois autres côtés les régions protestantes voisines. Il fait environ 24 km d’est en ouest et 28 km du nord au sud. La limite côtière fait environ 14 km de long. Le point le plus élevé est Ķīķa kalns – à 112 mètres au-dessus du niveau de la mer. La capitale de la Lettonie, Riga, est à 180 km. Pour reconnaître et préserver le caractère unique de l’environnement local, quatre réserves de nature ont été créées à cet endroit. Près de la moitié de la superficie est couverte de forêts. Les espèces dominantes sont le pin, le bouleau et l’épicéa – essences que l’on trouve couramment dans les forêts nordiques.

En termes de topographie, le territoire des Suiti peut être globalement divisé en trois parties : la partie la plus densément peuplée est la partie orientale, vallonnée et parsemée de fermes, de mares, de forêts, de marais et de lacs magnifiques. La partie ouest, plus proche de la mer, est plate, dominée par de grandes étendues de forêts, des marais et des prairies naturelles. Une zone étroite le long de la côte est densément peuplée et, en raison de sa beauté naturelle, est considérée comme très intéressante par les habitants aisés des villes lettones pour se faire construire de grandes maisons de campagne. 

Au cours du XXe siècle, quelques parcelles de territoires de tradition protestante ont été intégrées dans les trois municipalités Suiti. Certaines zones, comme l’ancien manoir Adze, ont été fortement dépeuplés à l’époque soviétique. Le territoire autour de Jūrkalne, en raison de la proximité du bord de mer, a connu l’afflux le plus important d’habitants d’autres régions de la Lettonie. En tant que grand centre de population, Alsunga a été également fortement influencé par ces migrations. 

Bien que chaque village Suiti ait son propre groupe folklorique et souvent aussi, aujourd’hui, un groupe de danse, le mode de vie traditionnel et la connaissance du patrimoine culturel immatériel ont été préservés principalement dans la région d’Alsunga et dans quelques zones de Basi. Dans la région de Jūrkalne, une partie beaucoup plus importante de l’environnement culturel unique des Suiti est déjà perdue à cause de l’afflux récent de population.
Dans les régions protestantes environnantes, au sud et au sud-ouest de l’espace culturel des Suiti, on trouvait autrefois des éléments du costume traditionnel, du dialecte et de la cuisine Suiti. Mais du fait que ces territoires ont perdu l’essentiel de leur patrimoine culturel immatériel, ces éléments n’ont plus aujourd’hui qu’une signification historique. 

1.e. DOMAINE(S) REPRESENTE(S) PAR L’ELEMENT : 

L’espace culturel des Suiti se manifeste à des degrés divers dans tous les domaines du patrimoine culturel immatériel visés à l’article 2.2 de la Convention : 

a. les traditions et expressions orales, y compris la langue comme véhicule du patrimoine culturel immatériel ;
b. les arts du spectacle ;
c. les pratiques sociales, rituels et événements festifs ;
d. les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ;
e. les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel. 

2. DESCRIPTION DE L’ELEMENT (CF. CRITERE U.1) :

Au cours de son histoire haute en couleurs, la petite communauté Suiti a développé et préservé en grande partie un patrimoine culturel immatériel très riche. Les origines de nombre de ses éléments remontent à plusieurs siècles, certains étant même probablement antérieurs à l’arrivée du christianisme dans cette région. Aujourd’hui, les éléments les plus importants du patrimoine culturel immatériel des Suiti sont : 

a. les chants avec bourdon chantés par les femmes. Leurs origines remonteraient à plus d’un millier d’années. Ces chants sont souvent exécutés lors des réunions publiques, des mariages et aussi sur scène. Les bonnes meneuses de chant improvisent souvent des textes (chants moqueurs) en plein milieu du chant. Ce style, avec ses diverses variations, est considéré comme un phénomène unique. Malheureusement, il n’existe plus aujourd’hui que six bonnes meneuses de chant, toutes âgées de plus de 60 ans. 

b. Bien que la communauté Suiti soit de taille restreinte, on a enregistré un nombre considérable de chants populaires (plus de 52 000, y compris les variantes) dans cette région. Comme c’est le dernier endroit où la cornemuse et le kokle étaient joués dans un contexte de spectacle vivant (pas sur scène), on a également conservé un pourcentage élevé de mélodies lettones pour ces instruments. Ce faisant, les Suiti ont apporté une contribution majeure au patrimoine culturel immatériel du pays tout entier. 

c. Des groupes folkloriques Suiti aident aujourd’hui souvent à introduire quelques petites scènes des rituels de mariage Suiti dans les mariages modernes. Ces scènes sont très appréciées, non seulement au sein de la communauté Suiti, mais aussi dans tout le pays. Ces rituels sont très différents de ceux qui sont généralement considérés comme typiques du mariage letton traditionnel. Bien que ces rituels Suiti aient été enregistrés et que leurs principaux éléments soient encore connus de nombreux membres de la communauté, cela fait plusieurs décennies qu’il n’y a pas eu de véritable mariage Suiti. 

d. Les costumes traditionnels colorés portés par de nombreuses personnes lors des fêtes religieuses et autres ; traditions liées au port de ces costumes. Ces costumes permettent de distinguer immédiatement les Suiti des autres Lettons grâce à leurs différences significatives. Certains cols, jupes, fichus et ceintures sont transmis de génération en génération depuis plus de cent ans. Certains articles de ce vêtement n’ont pas changé depuis plusieurs siècles et le savoir-faire nécessaire pour les fabriquer s’est conservé jusqu’à présent au sein de la communauté. Cependant, il n’y a plus qu’une femme de 80 ans qui est capable de fabriquer dans son intégralité le costume national de femme Suiti. 

e. Des mets et plats Suiti spécifiques sont encore préparés dans de nombreuses familles, bien qu’ils subissent la concurrence des aliments modernes, tels que confiseries, grillades et chips. Certaines familles ont également conservé la tradition de faire leur pain et leur bière à partir de recettes héritées de génération en génération ; ces recettes diffèrent généralement d’une ferme à l’autre. D’une certaine manière, toutes ces recettes, souvent connues par une seule femme, sont uniques et n’ont la plupart du temps jamais été consignées. 

f. La langue Suiti, essentiellement un dialecte de la langue lettone, est aujourd’hui menacée d’extinction. La génération qui la connaissait a déjà disparu et la génération qui comprend cette langue mais ne la parle pas vieillit d’année en année. On a raillé les Suiti pendant des décennies parce qu’ils parlaient leur propre langue, si bien qu’aujourd’hui elle leur semble bizarre à eux aussi. Il n’y a jamais eu de livre imprimé en langue Suiti et on ne recense actuellement pas plus de sept bons locuteurs de cette langue. Ils ont tous plus de 60 ans. 

g. Du fait que l’Église catholique a non seulement joué son rôle religieux habituel dans l’espace culturel Suiti mais a aussi servi de pilier principal de l’identité locale pendant près de quatre siècles, cette communauté conservatrice a créé et préservé un nombre considérable de traditions différentes liées à l’église. En témoignent certains chants distinctifs et des traditions de décoration, les bougies faites à la maison, la coutume qui veut que certaines choses soient faites uniquement par les femmes, etc. 

h. Divers rituels et coutumes relatifs au cycle annuel, aux défunts et aux funérailles sont encore respectés. On retrouve des bribes et des éléments de ces traditions dans presque chaque famille Suiti. Toutefois, il ne reste plus aujourd’hui que trois femmes de plus de 60 ans possédant une connaissance approfondie de ces traditions. 

Les bastions importants du patrimoine culturel des Suiti sont les vieilles fermes et les vieilles familles où les savoir-faire sont encore transmis de génération en génération. Ces vieilles fermes sont souvent de véritables dépositaires de vêtements, meubles et articles de ménage traditionnels. Les personnes qui y vivent continuent souvent à les considérer comme des objets de valeur à préserver, pas simplement parce qu’ils sont vieux, mais parce qu’ils ont été utilisés par les générations précédentes au sein de la famille. Ces familles observent généralement différentes coutumes anciennes parce que les générations précédentes l’ont fait avant elles. 

Malgré le problème de vieillissement, la communauté Suiti compte encore un nombre considérable de membres qui tiennent à préserver leur culture. Il y a actuellement trois groupes folkloriques et deux groupes de danse pour adultes qui pratiquent ces activités avec plaisir. Il y a deux groupes folkloriques et trois groupes de danses traditionnelles pour les enfants dans les écoles locales, afin de familiariser la jeune génération Suiti avec la culture locale le plus tôt possible. Alsungas Suitu Sievas (Femmes Suiti d’Alsunga) est l’un des groupes folkloriques les plus populaires de Lettonie ; il se produit environ 80 fois par an dans tout le pays. 

L’espace culturel des Suiti connaît depuis quelques années une renaissance graduelle. Pilier de l’identité Suiti, l’Église catholique a retrouvé sa place après la période soviétique. On a assisté à une renaissance de la fierté à l’égard de l’identité Suiti et de ses différentes manifestations culturelles. Du fait qu’aujourd’hui seules quelques personnes, pour la plupart âgées, ont une bonne connaissance du patrimoine culturel Suiti, il est impératif de diffuser ces connaissances et d’associer davantage de personnes à sa préservation. Il faut également profiter de cette période de grand intérêt pour la communauté Suiti pour récupérer les éléments préservés uniquement dans des documents écrits, des archives filmées et les collections des musées. Il faut le faire immédiatement, avant qu’il ne soit trop tard. 

3. NECESSITE DE SAUVEGARDE URGENTE (CF. CRITERE U.2)
3.a. ÉTAT DE LA VIABILITE : 

Le déclin rapide de la population Suiti dans sa région d’origine a commencé dans les années 1940. L’émigration massive de la jeune génération vers les villes s’est poursuivie pendant les décennies qui ont suivi. Il en résulte déjà un vieillissement notable de la communauté Suiti. Cela fait longtemps que le taux de mortalité dans la région dépasse le taux de natalité. Dans une communauté rurale de ce type, il est difficile d’offrir les possibilités d’emploi que les jeunes et les personnes instruites peuvent trouver dans les centres urbains de Lettonie et à l’étranger. 

Actuellement, seule une dizaine de personnes de plus de 60 ans ont une bonne connaissance d’un ou de plusieurs éléments du patrimoine culturel immatériel Suiti. Les enfants participent aux activités des groupes folkloriques des écoles, mais une fois leur scolarité achevée ils vont poursuivre leurs études ailleurs et reviennent très rarement s’installer dans leur région d’origine. Certains ne reviennent qu’à un âge avancé, quand ils héritent des biens familiaux. Les groupes folkloriques d’adultes vieillissent eux aussi. Les efforts actuels et les ressources mobilisées pour transmettre les savoir-faire en milieu scolaire n’aboutiront à rien si l’émigration se poursuit au rythme actuel. 

On assiste actuellement à une prise de conscience générale et à un regain du sentiment d’appartenance à la communauté Suiti. En témoigne la forte fréquentation des fêtes culturelles et religieuses importantes. De plus en plus de gens aiment manifester leur identité en portant leur costume traditionnel en certaines occasions. L’intérêt pour le patrimoine culturel des Suiti se développe. Pratiquement chaque famille Suiti a conservé des bribes et des éléments des traditions locales, des superstitions, des habitudes et des plats hérités des générations précédentes. Pourtant, seules quelques personnes ont une connaissance approfondie de la culture Suiti ; ce sont pour la plupart des membres actifs des groupes folkloriques. 

Une ou quelques personnes détiennent encore quelques vieilles recettes de pain, de bière et de différents mets Suiti conservées dans la famille pendant des siècles. C’est aussi le cas de différent savoir-faire anciens, comme la fabrication des bougies, des trompettes et des flageolets. De nos jours, nombre d’objets doivent être fabriqués hors de l’espace culturel des Suiti parce qu’il n’y a plus d’artisans qualifiés dans la région. Cela vaut également pour la fabrication des bijoux, des poteries, des instruments de musique traditionnels et de nombreuses autres choses.
La langue Suiti parlée par la communauté tout au long de son histoire, est en train de disparaître sous nos yeux. L’ancienne génération qui, malgré l’attitude négative des autorités et les intimidations des habitants des régions environnantes, l’a utilisée pour communiquer dans la vie quotidienne, a disparu. La génération suivante, qui ne parle plus la langue mais la comprend, est en train de vieillir. Comme il y a très peu de traces écrites de la langue, elle risque d’être perdue à jamais. Aujourd’hui, même les autochtones Suiti trouvent parfois des mots dans les chants folkloriques que personne ne comprend plus. 

Le patrimoine culturel immatériel des Suiti reste très vivant de différentes façons. De plus, certains membres de la communauté sont très motivés pour faire revivre ces traditions à travers l’éducation, la formation et des événements publics. Des efforts urgents sont toutefois nécessaires, car la disparition de tout membre âgé de cette petite communauté s’accompagne souvent de la perte irréparable de connaissances anciennes. 

3.b. ÉTAT DES MENACES ET DES RISQUES : 

Le dépeuplement actuel de cette région rurale est le principal risque pour la viabilité à long terme de l’espace culturel des Suiti. La population de la ville d’Alsunga a diminué de 50 % au cours des 70 dernières années. À Gudenieki, la population actuelle représente 25 % de ce qu’elle était dans les années 1930 et à Jūrkalne environ 30 %. Le dépeuplement continue malgré un afflux considérable de personnes d’autres régions de Lettonie pendant la même période. La principale raison de cette tendance est la stagnation économique et le manque de possibilités d’emploi compétitifs à une distance permettant une migration quotidienne. 

Aujourd’hui, la communauté Suiti déclinante ne représente que les 2/3 de la population de l’espace culturel des Suiti. La communauté qui maintient vivante une grande partie du riche patrimoine culturel immatériel des Suiti, vieillit rapidement. Si ce processus n’est pas enrayé, cette région sera bientôt habitée par des retraités venus d’ailleurs qui ne connaissent pas la culture et les traditions Suiti et qui cherchent surtout à échapper à l’agitation de la vie urbaine en s’installant dans cet environnement paisible. Des mesures pour dynamiser l’activité économique et fidéliser la population locale, complétées par l’enseignement du patrimoine local dans les écoles et par le soutien des groupes folkloriques et des ONG locales sont les seuls moyens d’inverser la tendance dans l’avenir. 

La langue Suiti est l’élément le plus menacé du patrimoine immatériel Suiti. Si aucune initiative n’est prise, elle aura totalement disparue dans 20 ans. La grammaire de cette langue n’a jamais été étudiée. Aucun lexique n’a été réalisé et aucun livre n’a été imprimé. Les personnes qui connaissent la langue n’osent pas ou hésitent à la parler. Des enregistrements pourraient aider à ne pas la perdre à jamais. Pour que la langue Suiti reste vivante, des efforts et des ressources visant à lui rendre son rôle de communication orale et écrite au sein de la communauté Suiti seront nécessaires. 

Il y a un certain nombre d’éléments culturels qui ne font plus partie de la vie quotidienne des Suiti. Mais une trace en a été gardée et ils peuvent donc être rétablis grâce à des activités spéciales au sein du système éducatif, des cours, des festivals, des ouvrages, etc. On peut citer comme exemples une grande partie des rituels du mariage, des jeux, des récits oraux, des chants anciens, des danses, la pratique des instruments traditionnels comme la cithare kokle, la cornemuse, le cor, le chalumeau, etc. Les tentatives actuelles pour restaurer la pratique du kokle chez les enfants pourraient donner d’excellents résultats. 

Chaque année, sous l’influence des tendances et des modes modernes dont la télévision et les magazines illustrés font la publicité, de moins en moins de familles suivent les anciennes coutumes et superstitions qui régissaient autrefois la vie locale. Un solide sentiment d’identité Suiti et de patriotisme est une bonne condition préalable, mais il doit être soutenu par des efforts constants et des ressources matérielles pour permettre à cette petite communauté et à son patrimoine culturel d’une grande richesse de résister aux assauts de l’actuelle pression omniprésente de l’assimilation induite par la culture populaire. 

4. MESURES DE SAUVEGARDE (CF. CRITERE U.3)
4.a. EFFORTS EN COURS ET RECENTS POUR SAUVEGARDER L’ELEMENT :
 

Pendant longtemps les groupes folkloriques et les groupes de danse Suiti ont joué un rôle critique dans la préservation et la transmission de génération en génération de nombreux éléments du patrimoine culturel immatériel Suiti. Ce n’est qu’après la création de la Fondation du centre culturel ethnique Suiti en 2001 que plusieurs autres activités ont été engagées, notamment l’éducation, la recherche et le recours à des spécialistes extérieurs pour promouvoir la collecte, la préservation et la transmission du patrimoine culturel immatériel des Suiti.

Le premier stage d’été pour les enfants a été organisé en 2002. Il y en a eu d’autres en 2005 et 2008, tous consacrés à l’apprentissage du chant avec bourdon et à la pratique de la cithare kokle. Une grande importance a été attachée à la participation de praticiens des traditions Suiti et d’artisans locaux. Les enfants autochtones ont chaque fois manifesté un grand intérêt pour ces stages d’été et ont été nombreux à y participer. Des moyens financiers ont été mobilisés pour continuer les cours de kokle pendant l’année scolaire 2009/2010. 

Deux festivals internationaux de chant avec bourdon ont été organisés depuis 2004 (une fois tous les trois ans) pour faire mieux connaître et apprécier l’importance du patrimoine culturel immatériel des Suiti au niveau international. De nombreux praticiens du chant et de la pratique instrumentale du bourdon de la communauté Suiti, d’autres régions de Lettonie et de l’étranger y ont participé. Au programme de ces festivals figurent non seulement des concerts, mais aussi des séminaires et des présentations des traditions Suiti et autres, ainsi qu’une réflexion sur les questions de préservation et de transmission du patrimoine culturel immatériel. 

Depuis 2007 des efforts considérables ont été faits pour réaliser le site Internet de la communauté Suiti : www.suitunovads.lv. C’est actuellement une bibliothèque numérique impressionnante dans laquelle on trouve divers articles sur la communauté, sa vie, son histoire et son patrimoine culturel immatériel. Ces informations ne sont actuellement disponibles qu’en letton pour des raisons financières. Il est prévu d’en faire une version plus courte en anglais. 

La mobilisation de fonds de l’État et de l’UE pour restaurer le château médiéval d’Alsunga a commencé en 2007. Il est prévu de réserver une partie des bâtiments au futur Centre d’études sur la culture Suiti. La collecte de fonds pour rénover les centres communautaires d’Alsunga, Basi et Jūrkalne est également en cours. 

L’année dernière, l’école secondaire d’Alsunga a rejoint le réseau des Écoles associées de l’UNESCO pour une durée de trois ans afin d’étudier le patrimoine culturel immatériel des Suiti et d’identifier ses praticiens. La Commission nationale lettone pour l’UNESCO a élaboré avec des spécialistes de l’éducation et du patrimoine culturel immatériel un guide qui a pour objet d’aider les élèves à documenter ce patrimoine culturel. Cette activité a bénéficié du soutien financier de la State Culture Capital Foundation. 

En 2008, un petit atelier de tissage a été créé à Alsunga pour faire revivre au sein de la communauté Suiti les savoir-faire traditionnels dans ce domaine. Plusieurs ethnographes et tisserand(e)s qualifié(e)s ont participé aux activités de formation. 

La mise en œuvre des activités des ONG Suiti susmentionnées exige d’importants efforts de collecte de fonds et de développement de projets. En 2008, la Fondation du centre culturel Suiti et la fondation Suitu Novads ont recueilli 70 000 euros pour leurs activités. Les contraintes financières sont les principaux obstacles au fonctionnement de ces ONG.

4b. MESURES DE SAUVEGARDE PROPOSEES : 

Un certain nombre de mesures de sauvegarde sont prévues pour soutenir la préservation et la restauration du patrimoine culturel immatériel des Suiti jusqu’en 2014, à savoir :